Lettre ouverte à Bernard Galtier

Un certain Bernard Galtier, illustre inconnu et qui ferait bien de le rester, a cru bon d'adresser une "lettre ouverte" dans je ne sais quel magazine adressé "à Brigitte Bardot, et aux végétariens et végans et autres communautés sectaires".

Dès le titre je me sens à l'aise: un mec qui commence à te parler en t'insultant, ça fait toujours plaisir. C'est comme si j'écrivais à mon député un email qui commencerait par "Espèce de connard sectaire": croyez-vous qu'il sera tenté de considérer sérieusement et calmement le fond de mon propos ? Mais voyons plutôt le contenu de cette "lettre".

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Certes il faut de la bienveillance envers les animaux

Jusque-là tout le monde est d'accord.

Mais tuer un animal est un acte difficile à réaliser pour le commun des mortels.

Encore d'accord. Et c'est là que ça dérape:

Ceux qui exécutent ces sales besognes pour la communauté nationale méritent le respect...

Donc il faudrait continuer à bouffer du jambon par respect pour les salariés des abattoirs ? À vrai dire c'est l'inverse pour moi: l'une de mes motivations personnelles pour boycotter la viande est que je trouve qu'égorger des porcs ou des poulets à la chaîne est un boulot inhumain et dégradant, et qu'obliger des personnes moins diplômées que moi à faire le sale boulot est une énorme lâcheté. En étant végétarien, on épargne de la souffrance aux animaux, mais aussi aux hommes chargés de la "sale besogne".

Un autre syllogisme ?

Alors me direz-vous "Arrêtez de manger de la viande" vous le dites maintenant mais le faisiez-vous dans votre jeunesse, avec vos copains ?

Donc sous prétexte qu'avant on n'en avait rien à foutre, on n'a pas le droit de changer d'avis. Avec des conseilleurs aussi brillants, aussi progressistes, on n'aurait jamais aboli l'esclavage ni la peine de mort (pour les humains, car pour les animaux ils sont toujours en vigueur hélas). On n'aurais jamais donné le droit de vote aux femmes non plus !

Et maintenant, vous reprendrez bien une petite dose d'insultes ?

Il règne actuellement sur notre pays un vent de folie où des séniors repentis entraînent sur des chemins dangereux des juniors écervelés...

Ensuite un argument classique mais parfaitement faux: la préservation des espèces.

C'est grâce aux corridas que les taureaux d'Andalousie doivent leur survie.

(Les fautes de syntaxes sont offertes en prime au lecteur). Bien sûr cet argument est bidon: les véganes entretiennent et financent des Refuges pour animaux sauvés des élevages: poulets, cochons, vaches, moutons. Dans ces refuges, les animaux peuvent vivre paisiblement et en harmonie avec l'homme. En supposant que l'élevage ait totalement disparu, et ce n'est pas demain la veille, qu'est-ce qui empêcherait de maintenir des fermes d'agrément pour les touristes ou les promeneurs avec des ânes, des cochons, des dindons, des chèvres, des canards ? Pas besoin de tuer un animal et de vendre sa chair pour qu'il existe. Nous ne mangeons pas les chats et chiens, nous ne les faisons pas travailler, et pourtant ils sont nombreux.

Notons que certains espèces comme les poulets de chair à croissance rapide sont tellement trafiquées génétiquement qu'elles sont peu aptes à la survie: ce sont véritablement des monstres, des pauvres créatures issues de laboratoires, condamnées à la souffrance parce que certaines caractéristiques génétiques ont été poussées au maximum (la croissance du muscle dans le cas de ces poulets). Ces espèces totalement artificielles et monstrueuses, il vaudrait mieux qu'elles disparaissent, en effet. Par compassion.

Ensuite un argument classique mais faux:

Parce que nous mangeons de la viande et du fromage, que nous portons du cuir (...) il subsiste un agriculture qui entretient le paysage en France. (...) Sans les éleveurs une grande partie de notre territoire serait en friche

Parce que bien entendu la ferme des mille vaches et les élevages industriels avec 20.000 cochons (et une fosse à lisier de 70.000 mètres cubes) ou 100.000 poulets entretiennent le paysage ! Ces installations industrielles ne posent AU-CUN problème pour l'environnement ! Pas de nitrates, pas de CO2 ni de méthane, pas de pollution, pas de déforestation au Brésil pour produire le soja OGM qui nourrit les bêtes. Non, rien de tout ça. Juste des mignons petits cochons qui entretiennent le paysage, c'est à dire qui taillent les haies en tenant les ciseaux avec leurs petites pattes.

Bien sûr on pourrait entretenir le paysage sans bouffer les animaux. Même en ville, certains emploient des moutons ou des chèvres pour entretenir les pelouses. C'est plus écolo qu'une tondeuse au gasoil, certainement, Et ça ne nécessite nullement d'envoyer les animaux à l'abattoir.

C'est vrai que mettre fin à l'exploitation animale serait une révolution qui aurait des conséquences importantes sur la société, l'économie, l'agriculture, et les écosystèmes. Ces conséquences sont envisagées dans un livre comme Zoopolis de Sue Donaldson et Will Kimlicka. Autant le dire, leur réflexion va beaucoup plus loin que cette "lettre ouverte" qui a dû être rédigé entre deux pastis.

On a droit bien sûr au fameux cri de la carotte", un argument classique qui mérite bien un point carotte:

Les végétaux aussi méritent notre compassion

Et en guise de bouquet final, cette magnifique apostrophe:

Restons sérieux et mesurons nos propos tout en sachant que nourrir la population en croissance exponentielle reste un défi pour les années à venir.

Donc si vous avez bien compris, mes petits lapins: manger 86 kilos de bidoche par Français et par an c'est très bien et ce n'est pas du tout un problème pour l'environnement. Et pour relever le "défi" de la surpopulation humaine, bien sûr le plus important c'est que les végétariens ferment leur gueule et laissent les autres profiter tranquillement de leur steak au bacon.

Bref, ici comme ailleurs c'est toujours la même pauvreté argumentaire qu'on retrouve.

Mais puisque tu t'adresse à moi dans ta lettre ouverte, Monsieur Bernard Galtier, je peux aussi bien te répondre: je suis un mec tout à fait sérieux, marié, père de famille, adulte et responsable. Non ce n'est pas un "vent de folie" qui m'a poussé à remettre en cause mes habitudes, c'est plutôt la raison. J'ai simplement ouvert les yeux et pris mes responsabilités. Et toi aussi mon bonhomme, le jour où tu en auras marre de recourir à des faux-fuyants et des arguments de mauvaise foi, tu changeras peut-être tes habitudes. En ce début de XXIè siècle, avec les progrès de la diététique, de l'éthologie animale, de la science climatique, nous savons avec certitude manger des animaux ce n'est pas nécessaire pour être en bonne santé, c'est immoral et c'est très mauvais pour l'environnement. Sachant cela, la seule "folie" serait de continuer à se goinfrer de chair animale.

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